À une semaine de la grande messe du triathlon, l’Ironman d’Hawaii, l’équipe Merrell s’est entretenue avec ses 4 athlètes qui seront au départ, samedi le 13 octobre prochain. Ils en sont tous à leur 2e présence au championnat du monde. Nous en avons profité pour faire un retour sur leur saison, discuter de leur préparation à l’épreuve et leur soutirer quelques précieux conseils ! Aujourd’hui : Jérôme Bresson.
Jérôme Bresson s’est qualifié pour l’Ironman d’Hawaii dès son premier essai, à Lake Placid en 2007. Une fois sur place, il dit y avoir vécu une incroyable expérience. Rapidement passé chez les pros, il n’a jamais recouru dans les champs de lave… jusqu’au 13 octobre prochain !

Jérôme, avec tout ce qui t’es arrivé cette année, commence-tu à croire au destin ?!
Au destin… Non. J’ai du travailler fort pour arriver ici. Que ce soit tant à l’entrainement que mentalement, car, comme tu le sais, le moral allait de haut en bas à chaque semaine.
L’automne passé, j’ai du arrêter l’entrainement sérieux et en janvier, je suis passé sur le bistouri pour une endofibrose de l’artère iliaque. De là, je repartais de très loin, et n’ayant pas de piscine (à Acton-vale) à moins de 30 minutes de route, j’ai sagement décidé de retourner chez les amateurs.
Après quelques mois de patience et d’entrainement sans intensité, j’ai recommencé à être compétitif. Les premières compétitions ont relativement bien été, finissant 6ème au triathlon olympique de Mont-Tremblant en plus d’une victoire sur celui de Drummondville, en passant sous les 2 heures.
Après ça, les problèmes sont revenus. Lorsque je mets de l’intensité, j’ai une perte de puissance dans la cuisse gauche au point de ne pas pouvoir faire les entrainements voulus.
Je suis donc arrivé sur mon premier objectif de la saison, l’Ironman 70.3 de Mont Tremblant un peu fébrile. Comme-ci cela ne suffisait pas, je fais une crevaison après 50km, la réparation est catastrophique car je brise la valve dans le prolongateur de valve. 5’ de perdu et un boyau très peu gonflé, je fini tout de même premier de mon groupe d’âge mais loin, très loin même, de mes objectifs.
Les ennuis continuent lors du championnat Canadien longue distance à Magog, je fais demi tour après 15km de vélo car ma jambe ne répondait plus.
Avec l’aide de quelques médecins, je passe un IRM fait un test de pression intra-musculaire pour avoir plus de précision, mais ces tests se révèlent négatifs. Dernier espoir, une inflammation du psoas qui irriterait le nerf fémoral en faisant un « shut down » au niveau du vaste externe, c’est à dire baisse de la contraction musculaire. Les traitements iront après Hawaii en espérant que ce soit la bonne chose.
Cependant, j’arrive à faire un gros bloc d’entrainement avant l’Ironman de Mont-Tremblant, l’objectif n°1 de la saison.
Tout avait bien commencé, je sors de l’eau en bas d’une heure, une première. Tout va bien en vélo, je suis avec Pierre-Yves et après 55km, nous sommes dans les 4 premiers amateurs. Mais voilà, dans une côte, en changeant de vitesse, ma chaine et/ou mon dérailleur se brise et la chaine n’arrête pas de sauter.
Impossible de continuer et arrivé à la transition, j’essaie de réparer avec le staff technique de l’épreuve mais sans succès. Après une heure de perdue, je décide de baisser pavillon, la rage au ventre.
Par chance, le lendemain, tu m’envoies un message inattendu me disant qu’il restait des places pour l’Ironman de Louisville, ayant lieu une semaine plus tard. C’était quitte ou double.
Après une très courte réflexion de 2 jours, je me retrouve à Louisville, au départ de cette course qui me faisait peur parce que j’avais connu un échec en 2010 à cause de la chaleur.
Finalement, la course se déroule vraiment bien et malgré le peu de volume en course à pied à cause de ma blessure, je réalise un respectable 9h30 et une 8ème place au général, la qualification en poche. Pari gagné.
Pour conclure, le destin a été forcé par une très grosse dose de détermination, et de passion…
Tu es de retour à Kona cinq ans plus tard. Qu’est-ce qui t’avais le plus marqué lors de ta course cette année-là et comment cette expérience te servira-t-elle cette année ?
Deux choses me restent en mémoire. Le levé de soleil au dessus du volcan pendant que tu te prépare pour la course, c’est un arrêt sur image qui te dit « ça y est, j’y suis !!! ».
La seconde chose est la présence du vent. C’est une masse d’air qui se déplace et sans sentir le vent tu te retrouves sur un faux plat descendant à 25km/h, tu te demandes ce qui se passe, tu te retournes et constate que les autres cyclistes ne sont pas plus vites.
Si on exclu l’Ironman de Louisville cette année, tu as vécu la poisse ces dernières années sur cette distance. Crois-tu que ces championnats du monde vont exorciser le démon une bonne fois pour toute ?
J’aimerais, mais je sais qu’il me manque beaucoup pour être au top de ma condition. Grâce à Louisville, j’ai pu régler une bonne partie du problème. Je perds beaucoup de sodium et la plupart des Ironmans que j’ai faits, c’était sous une grosse chaleur. Par le fait même, je n’ai jamais connu de bonnes courses.
Ainsi, en compensant par une alimentation très riche en électrolytes, j’ai pu réaliser une belle course à Louisville. Mais je pense que l’important, c’est de faire SA course sans tomber dans le jeu du « first loop hero »
Avec ce retour en groupe d’âge pour cette saison, abordais-tu les compétitions de la même façon que chez les pros ?
Quasiment, lorsque je me retrouve sur la ligne du départ, l’objectif est d’être le plus tôt possible de l’autre côté de la ligne d’arrivée. Cependant, en amateur, je me retrouve un peu moins seul car la natation étant mon point faible, cela ne prenait pas longtemps avant de perdre les pieds des autres nageurs.
Tu es probablement le meilleur cycliste au Québec sur un triathlon longue distance parmi ceux qui sont capables de courir vite ensuite. Dis-nous ton secret !
Haha !!! Un secret reste un secret ;-)
Plus sérieusement, je pense que je suis capable de soutenir un pourcentage élevé de ma puissance aérobie maximale longtemps et surtout de garder cette puissance très régulière.
Et puis, je suis relativement compact sur mon vélo alors je gagne en aérodynamisme. Une journée ventée pourrait être un avantage, qui sait ?
Encore plus impressionnant, tu es retourné aux études, tu es le père d’une petite fille et tu ne ralentis pas dans l’eau ni sur le bitume. Un autre secret svp ?!
Ici, il n’y a pas de secret. Une conjointe formidable et très patiente, une petite fille de rêve et des beaux-parents attentionnés, ça aide beaucoup. Je ne parle pas de mes parents car ceux-ci sont très éloignés mais ils aident à leur manière également.
Merci beaucoup Jérôme et c’est maintenant l’heure de briser le record de Norman Stadler ! Bonne course !
Ça va chauffer… !!!
Merci à toi et merci à toute l’équipe qui nous permet de vivre ces grands moments magiques.